Le marché de la cyberassurance en France entre dans une nouvelle phase : entre détente tarifaire et montée préoccupante de la sinistralité.
Comme partagé l’année dernière dans Cyberassurance en 2025 : Ce qu’il faut retenir du rapport LUCY, l’étude LUCY (LUmière sur la CYberassurance), pilotée par l’AMRAE, offre un éclairage précieux sur les tendances du marché de la cyberassurance en France. Cette sixième édition, qui couvre l’exercice 2025 et s’appuie sur l’analyse de 20 996 polices d’assurance et 1 251 sinistres, dresse un tableau contrasté : jamais les primes n’ont autant baissé, jamais les sinistres n’ont autant progressé.
Voici les enseignements clés à retenir pour anticiper et sécuriser votre couverture cyber.
Une démocratisation accélérée de l’assurance cyber, portée par les ETI et les entreprises moyennes
En 2025, la pénétration de l’assurance cyber a connu un bond remarquable sur les segments intermédiaires :
+75 % d’ETI assurées (de 1 145 à 2 002 entreprises)
+97 % d’entreprises de taille moyenne (de 1 918 à 3 769 entités)
+49 % toutes catégories confondues, soit près de 21 000 polices actives
Nombre d’entreprises assurées par catégorie (2024 vs 2025)
Cette progression est en grande partie portée par l’émergence de nouveaux acteurs — les MGA (Managing General Agents) et insurtechs — qui proposent des offres plus accessibles et des processus de souscription simplifiés, notamment via des plateformes digitales.
Pour les courtiers, ce mouvement représente une opportunité d’accompagnement : aider les entreprises à ne pas souscrire uniquement par commodité, mais à choisir une couverture réellement adaptée à leur exposition.
« Le développement de solutions de souscription simplifiées, notamment via des plateformes digitales permettant une adhésion rapide, a contribué à attirer de nouvelles entreprises vers l’assurance cyber. »
Philippe Cotelle, Président de la commission Cyber de l’AMRAE
Des tarifs en forte baisse : un marché historiquement « soft », mais des équilibres fragiles
Le constat tarifaire de 2025 est inédit, les taux de prime ont reculé sur quasiment tous les segments, avec des baisses historiques :
-32 % pour les grandes entreprises
-23 % pour les ETI
-21 % sur les franchises grandes entreprises
-17 % sur les franchises ETI
Évolution des taux de prime et des franchises en 2025
Cette détente s’explique par une concurrence accrue entre assureurs.
Les grandes entreprises en ont profité intelligemment : elles ont augmenté leurs capacités souscrites de 18 % tout en réduisant leur budget global d’environ 14 %. Les entreprises déjà assurées ont profité de l’assouplissement des exigences des assureurs en renégociant leurs conditions de placement.
Opportunité ou risque ? Les niveaux tarifaires actuels se rapprochent de ceux de 2020, qui étaient déjà jugés insuffisants au regard du risque.
« Cette situation pourrait conduire les assureurs à engager des réflexions stratégiques sur leur positionnement en 2026. »
Philippe Cotelle
Une sinistralité en forte hausse, particulièrement préoccupante sur les ETI
C’est le signal d’alerte de cette édition 2026 : pendant que les primes baissent, les sinistres explosent. Le montant total indemnisé atteint 83,2 M€ en 2025 contre 54,5 M€ en 2024 (+53 %), pour 1 251 sinistres contre 448 (+179 %). Chez les ETI, le montant a été multiplié par quatre
Montants indemnisés par catégorie (2024 vs 2025, en M€)
Comment l’expliquer ? En partie par la baisse des franchises.
Mais pas seulement : les ETI subissent une hausse réelle de la fréquence et de l’intensité des attaques, avec l’apparition de sinistres de taille moyenne et XL, absents ces dernières années sur ce segment.
Du côté des grandes entreprises, la situation est plus stable, avec un ratio Sinistres/Primes contenu à 22 %. Sur le segment des ETI en revanche, ce même ratio atteint désormais 42 % en 2025, contre seulement 13 % en 2024 — une dégradation brutale en un an qui illustre concrètement la pression croissante sur ce segment. La France présente néanmoins une singularité rassurante comparée à ses voisins européens.
La menace reste pourtant bien réelle : l’attaque subie par Marks & Spencer en 2025 illustre la capacité du risque cyber à générer des impacts financiers majeurs, avec une perte d’exploitation estimée à plus de 300 millions de livres sterling, auxquels s’ajoutent une perte de données, une class action en préparation et une atteinte durable à la réputation de l’enseigne.
« La baisse des franchises accroît mécaniquement la sensibilité aux sinistres : plus elles diminuent, plus le nombre de sinistres indemnisés augmente, certains en étant auparavant exclus. »
Philippe Cotelle
Quels enseignements pour les entreprises ?
Le rapport LUCY 2026 met en lumière un décalage croissant entre la dynamique commerciale favorable et la réalité du risque. Ce déséquilibre appelle à agir sur trois leviers :
Profiter de la détente pour investir dans la prévention. La baisse des primes ne doit pas conduire à relâcher les efforts de cybersécurité. Comme le formule Philippe Cotelle :
Ne pas sous-estimer sa couverture. Le quasi-doublement des ETI assurées s’est accompagné d’une entrée massive de petits acteurs souscrivant des capacités insuffisantes, ce qui peut les laisser très exposées en cas de sinistre XL — catégorie en nette progression sur ce segment.
Renforcer le dialogue assureur–assuré. La supply chain s’impose comme un vecteur d’attaque croissant : les ETI constituent souvent des points d’entrée vers les grandes entreprises. Mieux qualifier le risque, partager une compréhension commune de l’exposition réelle, c’est ce qui permettra de maintenir un marché durable.
« L’enjeu n’est plus seulement d’acheter une capacité au meilleur prix, mais de continuer à investir dans la prévention grâce à la baisse des taux. »
Philippe Cotelle
Dans ce contexte, l’accompagnement d’un courtier spécialisé devient plus que jamais déterminant : pour ne pas se laisser séduire par la seule baisse des tarifs, mais construire une stratégie de transfert de risque cohérente avec son niveau d’exposition réel.
Pour en savoir plus, consultez le rapport LUCY 2026 complet publié par l’AMRAE.